Changement de pratique


Parfois, nous mettons en place une structure pour nous faciliter le travail et cette structure devient, avec le temps, une règle qui nous empêche d’évoluer. Il arrive même que cette structure, censée nous aider, devienne une source de problèmes dans notre pratique quotidienne. La solution devient alors le problème.

C’est ce qui arrive dans bien des classes à l’éducation des adultes.

Dans les centres FGA (formation générale adulte), l’apprentissage est généralement sur un mode individuel; les élèves, ayant chacun un cahier de travail, étudient à leur rythme, seuls et en silence. La classe peut comporter plusieurs niveaux et, parfois même, plusieurs matières. L’enseignant se place généralement devant la classe et reçoit, à son bureau, les élèves qui ont des questions ou des exercices à faire corriger. Pour organiser les interventions, lorsque les élèves sont nombreux à avoir besoin d’aide, ils écrivent leur nom sur une liste qui peut être sur une feuille sur le bureau de l’enseignant ou au tableau. Cette structure fonctionne relativement bien lorsque la liste ne dépasse pas deux ou trois noms. Or, on voit souvent des enseignants qui ont une liste de plus de dix noms en attente. Parfois, des élèves écrivent leur nom en début de cours et ne réussissent à rencontrer leur enseignant qu’une ou deux heures plus tard. Ces derniers se plaignent de listes trop longues et les élèves se plaignent d’attentes trop longues.

La liste, qui devait au départ faciliter le travail, est devenue le problème. On cherche maintenant à mettre en place une structure pour gérer la liste de noms au tableau. Certains enseignants ont des listes à deux ou trois colonnes, des conditions ou diverses façons originales pour traiter leur liste.

La liste était initialement mise en place pour régler un problème; elle est devenue le problème, car le problème du départ a changé. La liste n’est plus la solution à la situation actuelle.

Revenons donc aux raisons qui ont vu naître la liste. Il y a quelques années, l’enseignement individuel s’adressait aux élèves adultes qui avaient les compétences pour étudier seuls, s’organiser et se prendre en main. Ils étaient assez vieux pour comprendre ce qu’ils lisaient et se faire des échéanciers. La majorité des élèves était engagée à fond sans sa démarche d’apprentissage. Les apprentissages à faire étaient surtout de l’ordre de savoirs de base. L’enseignant l’aidait pour les difficultés de compréhension et pour vérifier l’acquisition des savoirs. Un enseignant pour une trentaine d’élèves suffisait généralement.

Aujourd’hui, tout a changé; les élèves sont plus jeunes et n’ont pas les compétences pour apprendre seuls, les apprentissages à faire sont également plus complexes et exigent le développement et la mobilisation de plusieurs compétences telle la communication, le raisonnement et la résolution de problèmes. Les élèves d’aujourd’hui ne lisent et n’écrivent plus de la même façon.

L’enseignement individuel, avec un enseignant qui répond aux questions d’une trentaine d’élèves, ne peut plus fonctionner.

Alors que faire?

À l’éducation des adultes, un virage assez majeur devra être fait à court terme afin de répondre aux besoins de cette clientèle. Il faut s’interroger sur le mode d’apprentissage individualisé tel qu’on le connaît et sur les modes d’apprentissage de nos élèves. Nous devons également inventorier les méthodes; il y a autre chose entre l’apprentissage individuel avec un livre et un cours magistral. Bien entendu, il ne s’agit pas de passer d’un extrême à l’autre; personne n’est prêt pour ça. Toutefois, l’utilisation des technologies peut alléger la tâche par la mise en place, entre autres, d’outils de partage et de réseautage. Le Web 2.0 est conçu pour les échanges et le partage entre les intervenants; peut-il soutenir efficacement les enseignants?

L’informatique ne permet pas d’améliorer les résultats scolaires si l’élève ne s’engage pas. C’est comme le livre; de bons volumes, bien faits, contenant des exemples et de nombreux exercices ne rendent pas nécessairement les élèves motivés et performants.

Ce qu’il faut, c’est de créer des conditions gagnantes pour que nos élèves puissent apprendre, bien sûr, mais aussi s’épanouir et développer leurs talents. Les moyens sont à la disposition des enseignants; tout ce qu’il faut, c’est innover.

J’attends donc vos suggestions pour proposer de nouvelles façons de travailler à l’éducation des adultes et enfin libérer le tableau de la liste de noms d’élèves en attente.

Lectures suggérées: http://www.delicious.com/LouiseRoy/pedagogie

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