Archives mensuelles : août 2013

Intégration ou utilisation?

Depuis presque six ans, je travaille comme conseillère pédagogique dans un service régional du RÉCIT FGA.

(Le RÉCIT c’est un réseau pour le développement des compétences par l’intégration des technologies. La FGA, c’est la formation générale des adultes.)

Mon mandat est donc, en partie, d’aider les enseignants à développer leur compétence à intégrer les technologies de l’information et des communications aux fins de préparation et de pilotage d’activités…. bref, la compétence professionnelle 8.

Or, j’ai de plus en plus de difficulté avec l’intégration. Pour moi, ça n’a pas de sens. On n’intègre pas les technologies dans la pédagogie comme on intègre un immigrant dans une société d’accueil. Les technologies sont des outils, on n’intègre pas un outil dans une tâche, on l’utilise.

Lorsqu’on écrit un texte avec un logiciel, on n’intègre pas le logiciel dans l’acte d’écriture, on utilise le logiciel au lieu d’utiliser un crayon.

Lorsqu’on enregistre sa voix, on n’intègre pas un logiciel d’enregistrement dans ses productions orales, on utilise un logiciel pour s’enregistrer.

Lorsqu’on anime un atelier avec un TNI, on n’intègre pas le TNI dans ses cours, on l’utilise.

Chercher à intégrer un outil ou une technologie dans sa pratique reste superficiel et n’amène pas vraiment de changement sauf, peut-être, un certain confort.

Par contre, le fait de disposer d’outils plus performants ouvre de nouvelles portes. On peut entrevoir tellement de nouvelles possibilités parce qu’on a ces outils.

Écrire un texte à l’aide d’un traitement de texte permet de faire un plan et de le modifier, de jouer sur les styles, d’ajouter des images, de copier, déplacer, modifier, ajouter, supprimer du texte.

Enregistrer sa voix permet ensuite de s’écouter, de se reprendre, de se corriger et de diffuser son message à tous ses amis.

Utiliser un TNI lors d’ateliers permet d’enregistrer et de conserver ses notes, de préparer des présentations originales, de revenir sur une ancienne présentation, de déplacer, manipuler, ajouter, supprimer du texte, des objets, des images.

Imaginez seulement tout ce qu’on peut faire avec les ordinateurs, les logiciels, les appareils mobiles, les robots. Imaginez tout ce qui est à notre portée avec Internet…..

Bref, on n’intègre pas les technologies dans notre pratique pédagogique, on se permet de nouvelles pratiques pédagogiques parce qu’on utilise les technologies.

De nouvelles pratiques pédagogiques inédites dans le courant des changements culturels amenés par ces technologies.

À lire, cet excellent texte (et tous les autres textes de son blogue) de Bruno Devauchelle : http://www.brunodevauchelle.com/blog/?page_id=493

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Autonomie?

Il m’arrive souvent d’entendre des enseignants à l’éducation des adultes déplorer le manque d’autonomie de leurs élèves. Mais comment les aider à développer cette compétence?

La formation générale des adultes; quelle place pour l’autonomie?

D’abord, décrivons le cadre scolaire dans lequel évoluent généralement les élèves lorsqu’ils sont en formation dans un centre pour adultes (ce modèle peut varier d’un centre à l’autre) :

  • Au moment de l’inscription, on leur propose un profil de formation qui tient compte de leur parcours scolaire et de leur choix de carrière.
  • Lors de l’accueil, ils reçoivent un horaire généralement hebdomadaire. De plus, on leur remet des guides d’apprentissage conçus spécifiquement pour la FGA et où on trouve la théorie, les exemples, les exercices, les corrigés et souvent une évaluation formative validant les apprentissages avant l’inscription à l’évaluation sommative. Certains enseignants exigent que leurs élèves fassent le livre en entier (je n’ai pas de statistiques à ce sujet).
  • Les élèves commencent ensuite leur formation dans une classe où ils doivent généralement travailler individuellement et en silence. Ils peuvent voir leur enseignant à tout moment, selon la disponibilité de celui-ci.
  • Certaines mesures complètent le tableau tels tutorat, suivis, ateliers ainsi que certains cours à option et périodes de laboratoire pratique.

En résumé, la définition des savoirs, les moyens à mettre en œuvre, les modalités, les exercices, et la préparation à l’évaluation sont déterminés par le livre et par l’enseignant. Quant à l’évaluation en tant que telle, c’est presque toujours un choix de centre ou du ministère selon le cours et le niveau. Il y a toutefois des exceptions où l’enseignant crée ses évaluations, seul ou en collaboration avec un conseiller pédagogique.

L’élève a, pour sa part, la responsabilité de faire son livre, et ce, dans le temps prescrit.

C’est ce qu’on nomme l’apprentissage par enseignement.

(Un apprentissage totalement autonome se dit autodirigé. L’apprenant doit définir les connaissances à acquérir, les organiser et les évaluer. Il est un autodidacte. Cette façon d’apprendre se rencontre très rarement. À ne pas confondre avec la formation à distance où la méthode s’apparente à la formation en centre FGA, sauf que l’élève a la liberté d’organiser son horaire.)

Mais dans le cadre actuel, l’élève a peu de place pour développer des stratégies d’apprentissage personnelles. Il a peu d’occasions d’apprendre à être autonome.

« Être un apprenant… c’est assumer un certain nombre de rôles actifs : apprendre…, ce n’est pas comme se rendre chez son coiffeur, où il suffit d’occuper un siège et d’attendre que la coupe de cheveux souhaitée soit réalisée par le spécialiste. » Henri Holec

L’autonomie

L’autonomie ne se limite pas à faire seul, une tâche, surtout lorsque cette tâche est très structurée. En situation d’apprentissage, l’autonomie ne veut pas dire, non plus, travailler seul.

L’autonomie, c’est la capacité de se prendre en charge, de prendre en charge son apprentissage. Elle fait appel au contrôle, aux choix, au passage d’un état de dépendant à celui d’indépendance (d’un enseignant, d’un livre ou autre).

« Être autonome, c’est savoir se fixer des objectifs que l’on peut atteindre et gérer son temps et ses activités en fonction de ces objectifs au sein d’un ensemble plus grand qui détermine ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. » Henri Portine

L’autonomie implique la liberté d’action, la gestion, le contrôle et la responsabilisation.

L’autonomie est intimement liée à l’apprentissage. Elle en est à la fois une condition et une finalité. L’autonomie n’est pas un état, elle est une action, un comportement.

« … l’autonomie n’est pas une simple qualité, mais un mode supérieur de conduite (une métaconduite) et, pour la plupart des individus, cette conduite ne faisant pas naturellement partie de leur répertoire, elle doit être apprise.» Monique Linard

Un élève n’est pas nécessairement autonome, même s’il fait seul son guide d’apprentissage, car ses apprentissages sont totalement dépendants de son guide. Il n’a aucun contrôle et son seul choix, fut parfois celui de s’inscrire à l’école.

Peut-on donner plus d’autonomie à l’intérieur du cadre actuel?

Comment faire, alors, pour aider les élèves à apprendre ou développer l’autonomie dans le cadre structuré de la FGA? Comment les amener à utiliser des stratégies d’apprentissage dans un contexte d’autonomie?

Il n’est pas nécessaire de tout balancer. L’autonomie peut elle-même être abordée comme une stratégie à mobiliser dans le cadre de certains apprentissages. Par exemple, l’élève se construit une séquence de procédures qu’il utilisera en la modifiant au besoin afin de la rendre plus efficace. Au besoin, on peut proposer un éventail de procédures parmi lesquelles il choisira celles qui lui conviennent.

Certes, il faut pour cela sortir du livre, ne serait-ce que pour un objectif d’apprentissage. C’est l’étape déstabilisante pour plusieurs élèves.

Proposez d’abord un choix d’objectifs d’apprentissage pour lesquels des ressources variées, signifiantes et stimulantes sont disponibles. Accompagnez l’élève dans son choix. Le nombre de choix sera proportionnel à la confiance de ce dernier. Pour un élève très anxieux à l’idée de laisser son livre, ne proposez que deux ou trois choix.

Précisez bien les objectifs d’apprentissage et, également, le but du développement de l’autonomie. Discutez également de l’évaluation (formative) des apprentissages, de la façon dont elle sera faite. Une autoévaluation ou une évaluation orale pourront même être envisagées.

Toujours avec l’élève, choisissez les outils ainsi que les tâches.

L’élève devra ensuite planifier son travail en se construisant, par exemple, une feuille de route ou un carnet de bord. Il pourra vous montrer son plan de travail, mais ne le corrigez pas! Si son plan n’est pas réaliste, il s’en rendra compte lui-même. L’apprentissage de l’autonomie se fait souvent en faisant des erreurs. L’erreur est une forme d’apprentissage pourvu qu’on puisse l’identifier et en comprendre les raisons.

Demandez à l’élève d’identifier ce qu’il anticipe comme difficultés et comment il pense les surmonter. L’autonomie va de pair avec les capacités métacognitives.

Laissez aller l’élève dans sa tâche. Rappelez-lui, au besoin, de noter sa progression, d’identifier les étapes et de faire son suivi sur sa feuille de route, son carnet de bord ou tout autre outil qu’il a choisi pour son suivi.

L’évaluation doit porter autant sur les connaissances acquises que sur le processus d’apprentissage. Elle doit amener l’élève à réfléchir sur son degré d’autonomie et sur sa capacité à devenir responsable de ses apprentissages.

Aujourd’hui, il est plus important de savoir apprendre que d’accumuler des connaissances. Avoir des méthodes de travail efficaces est une compétence essentielle et on doit accompagner l’élève pour son développement.

Il en va de son avenir et de ses réussites futures.

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Références
Apprendre à apprendre : ça s’apprend! : http://crl.univ-lille3.fr/apprendre/autonomie.html
Duquette, Lise (2002), Analyse de données en apprentissage d’une langue seconde en situation d’autonomie dans un environnement multimédia. http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/00/17/60/PDF/alsic_n08-rec2.pdf
Duquette, Lise, Renié, D (1998), Stratégies d’apprentissage dans un contexte d’autonomie et environnement hypermédia. http://edutice.archives-ouvertes.fr/docs/00/00/17/47/PDF/Ela11Duquette.pdf
Holec, Henri, (1991), Autonomie de l’apprenant : de l’enseignement à l’apprentissage. http://www.epc.univ-nancy2.fr/EPCT_F/pdf/Autonomie.pdf
Linard, Monique (2006), L’autonomie de l’apprenant et les TIC. http://rhrt.edel.univ-poitiers.fr/document.php?id=431
Portine, Henri (1998), L’autonomie de l’apprenant en questions. http://alsic.revues.org/1466