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La nostalgie en enseignement

Albert Jacquard a dit : « L’objectif de toute éducation devrait être de projeter chacun dans l’aventure d’une vie à découvrir, à orienter, à construire. » Pourtant, nous, les enseignants, les conseillers pédagogiques, les rédacteurs de programme, de guides d’apprentissage, basons nos actions sur notre vie, nos outils et nos références. Nous nous laissons guider par des accès de nostalgie qui n’ont rien à voir avec notre mission.

Ce n’est pas dans notre monde à nous que les élèves vivront, mais bien dans le leur. C’est pour ce monde-là qu’il faut les aider à développer leurs compétences.

La difficulté est de connaître les compétences qui leur seront nécessaires. Nos valeurs dictent l’importance de connaître les tables de multiplication et la recherche dans un dictionnaire (papier). Mais est-ce réellement important? Est-ce une compétence essentielle pour les générations qui auront 20 ans en 2015 ou en 2020?

Utilisons-nous encore le dictionnaire papier? Pour être efficace dans la recherche sur Internet ou dans l’utilisation d’Antidote, faut-il d’abord passer par le papier? Et lorsqu’on parle de l’écriture manuscrite, en particulier les lettres attachées, certaines études laissent entendre que cet apprentissage aide à la compétence en lecture. En effet, selon Laura Dinehart, de l’Université internationale de Floride, « la maîtrise de la calligraphie semble avoir un effet vraiment sans équivalent sur le développement de l’enfant ». Mais pour l’instant, il y a eu très peu d’études et ces dernières ne comptaient qu’un nombre limité d’enfants. De plus, de nombreuses autres méthodes pédagogiques ont fait leurs preuves pour le développement de la lecture comme l’utilisation de cartes mentales. (http://www.nopanda.com/mapping-reussir-a1054.htm).

Ce texte ne vise pas à remettre en question les méthodes employées actuellement à l’école et, en particulier, dans les centres d’éducation aux adultes. À ce stade, les élèves ont, en principe, appris l’écriture et la recherche dans le dictionnaire. Doit-on insister pour continuer à travailler avec les outils qu’on avait, nous, à leur âge?

La question qu’on doit se poser, c’est : pourquoi tenons-nous tant à nos méthodes et nos outils? Est-ce par nostalgie et sommes-nous vraiment convaincus que c’est la seule façon d’apprendre?

Aujourd’hui, les technologies apportent plus d’avantages que d’inconvénients. D’abord, l’accès au savoir, partout, sur tous les sujets. Cette avancée technologique a trop souvent été abordée d’un côté négatif : les élèves perdent leur temps, ils copient…, mais il faut réaliser que dans bien des pays, cet accès au savoir a ouvert des portes aux enfants et adolescents qui n’avaient que peu de livres et aucune bibliothèque à proximité.

Dans un récent rapport (2013, Transformer l’éducation: le pouvoir des politiques relatives aux TIC, page 8), l’UNESCO reconnaît que les « TIC ont créé des conditions nouvelles pour l’émergence des sociétés du savoir. »

En gros, il faut cesser de voir les technologies comme des obstacles à l’éducation et commencer à analyser ce quelles peuvent apporter pour amener les jeunes plus loin et leur offrir plus de défis à relever. Bien sûr, sans oublier le développement de compétences pour le monde dans lequel ils auront à vivre et à travailler.

Nous sommes dans une période de grands changements au niveau de l’éducation et de la société. Au lieu de se plaindre en spectateur impuissant et nostalgique, faisons en sorte que ces changements améliorent la société et la qualité de vie des futurs adultes.

Le paradigme actuel de l’école est-il un terreau adapté aux technologies massivement déployées dans la société? Doit-on attendre que les conditions favorables s’installent d’elles-mêmes?

Savoir chercher dans un dictionnaire ou connaître ses tables de multiplication seront-elles des compétences recherchées et utiles dans les prochaines décennies?

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